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Particules fines : «Porter un masque ne sert à rien»


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INTERVIEW. - Le Pr Denis Charpin, chef du service de pneumologie au CHU de Marseille, détaille les risques sanitaires liés aux particules fines de moteurs diesel et les mesures pour s'en protéger.
 
 

LE FIGARO - La décision du Circ de classer les particules fines issues des moteurs diesels comme carcinogènes certains est-elle surprenante à vos yeux?

Pr Denis CHARPIN. - Non, d'autant que ces particules étaient déjà classées carcinogènes probables. Pour soutenir cette décision, les experts s'appuient sur des travaux expérimentaux et des études épidémiologiques chez les personnes exposées dans le cadre du travail.

Par ailleurs, depuis très longtemps, le suivi de la population générale montre un excès de cancer du poumon en ville par rapport à la campagne, ou en centre-ville par rapport à la périphérie. Mais ces résultats sont difficiles à interpréter en raison des nombreux cofacteurs dont il faudrait tenir compte: le tabagisme, l'exposition professionnelle, l'alimentation…

Quelles pathologies leur sont attribuées?

On cite souvent le cancer du poumon, mais la palette des troubles est beaucoup plus large. Côté pathologies pulmonaires, il y a aussi la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) et l'apparition de l'asthme ou son aggravation. Il existe par ailleurs une littérature scientifique abondante qui lie le taux de poussières fines à certaines maladies cardio-vasculaires, comme l'angine de poitrine, l'infarctus du myocarde, les troubles du rythme cardiaque ou encore la mort subite.

Quelles sont les personnes les plus exposées?

Dans le cadre professionnel, il s'agit des chauffeurs routiers, des employés qui contrôlent les voitures aux péages et des mineurs de charbon, car les machines qui se trouvent au fond de la mine ont des moteurs diesels.

Et les personnes les plus sensibles dans la population générale?

Ceux qui se trouvent aux âges extrêmes de la vie: les enfants et les personnes âgées. Les premiers parce qu'ils respirent plus vite, se trouvent plus près du sol et ont des alvéoles pulmonaires encore en plein développement. Les seconds parce qu'ils partent d'emblée avec une capacité ventilatoire diminuée. Pour cette même raison, les personnes souffrant de maladies pulmonaires ou cardiaques sont aussi à risque.

Pour quelle raison les particules fines sont-elles dangereuses pour la santé?

Plus elles sont fines,plus elles sont agressives et rentrent loin dans les bronches, et plus l'effet inflammatoire est grand. Les bronches s'épaississent et sécrètent des glaires ce qui rend difficile la circulation de l'air et provoque l'essoufflement. Quant aux conséquences cardio-vasculaires, elles s'expliquent par le passage des particules très fines à travers la paroi des bronches jusque dans la circulation sanguine. Cela épaissit le sang, qui a alors plus de risques de coaguler. Si cela se produit dans l'artère coronaire, c'est l'infarctus.

Comment peut-on se protéger contre ces particules?

C'est très difficile. Il faut évidemment éviter de sortir les jours de pic de pollution. Malheureusement, d'autres études montrent que l'air intérieur des maisons est aussi très pollué… Les mamans ont intérêt, d'une façon générale, à sortir les bébés quand la circulation automobile est réduite.

On voit par ailleurs certaines personnes porter des masques, mais cette protection est illusoire, car les particules fines les traversent. Seuls les masques à cartouches sont efficaces, mais on imagine mal les porter au quotidien! La météo aussi peut avoir un impact: négatif quand le temps est stable et anticyclonique, positif quand il est pluvieux ou venteux.

Mais, globalement, la lutte contre cette forme de pollution passera surtout par des décisions sociétales, comme la limitation de la circulation automobile ou l'amélioration des véhicules et des filtres à particules. On estime que 80% des particules fines mesurées dans l'air sont dues aux moteurs diesels.


Source :   Le Figaro   | Lire à la source
Posté par Asirem 2012-06-13 à 21:37:26   


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